Le complosophisme :
quand douter devient un délit
Depuis quelques années, un mot revient partout : complotiste.
Un mot qui, à force d’être répété, a perdu son sens premier pour devenir une arme.
Dès qu’une voix s’écarte du discours convenu, attendu, un “complotiste !” suffit pour que la discussion s’arrête là. Plus besoin d’argumenter, de questionner, de débattre, d’échanger, de vérifier : le verdict est tombé, fin de discussion.
Dès qu’une idée heurte le consensus, il suffit de prononcer le mot magique et tout argument devient illégitime.
C’est cela, le complosophisme : une condamnation immédiate, une sentence sans appel, de toute remise en question de la doxa, en jetant discrédit et suspicion sur celui qui interroge.
Il protège le confort de la doxa. Il instaure une démarcation indiscutable entre les personnes raisonnables, cultivées, sachantes et les autres.
Ce n’est plus un débat : c’est une disqualification.
Un réflexe pavlovien qui empêche toute réflexion critique.
Le paradoxe de notre époque
Nous vivons dans un monde saturé d’informations, où la transparence est un idéal affiché. Mais plus les faits s’accumulent, plus il devient difficile de les interpréter.
Alors, au lieu de questionner ce brouillard, on préfère en interdire la lecture.
C’est plus simple, plus sûr.
Le complosophisme rassure : il réduit la complexité à une opposition binaire.
- Soit tu crois à la version qualifiée (par qui ?) d’officielle,
- soit tu es dangereux.
C’est là que le concept devient inquiétant : il remplace la pensée individuelle par la conformité, l’identité par l’appartenance au groupe dominant.
Je doute, donc…
Descartes nous invite à remettre en question nos certitudes, à faire du doute une action volontaire, afin de pouvoir questionner les fondements d’une vérité en suspendant, un temps, sa certitude. Si elle passe ce test avec succès, alors on peut encore y accorder crédit (jusqu’à la prochaine fois) et, sinon, il convient de chercher de nouvelles réponses. C’est une action critique et lucide.
Avec le complosophisme, douter devient suspect. Chercher des liens, des rapports de causalité, différents de ceux retenus, c’est refuser de s’intégrer dans le groupe, être irrationnel, avec pour conséquence d’être mis à la marge, de devenir un marginal.
La remise en question n’est plus une prudence intellectuelle : c’est une faute morale.
Le complosophisme devient un outil de contrôle de masse : une façon d’empêcher le questionnement en le ridiculisant.
Et Les Lucifériens dans tout cela ?
C’est précisément ce que met en scène Les Lucifériens : L’initié.
Un homme sait que la vérité qu’il veut révéler sera directement disqualifiée. Trop grosses, trop énormes, trop folles, de telles affirmations ne peuvent relever que de théories du complot.
Ici, le vrai danger n’est pas le complot : c’est le mécanisme mis en place qui nous empêche de le concevoir. C’est ce mécanisme qui pousse le protagoniste à vouloir tout filmer pour tout montrer, pour exposer aux yeux de tous l’incroyable, l’inconcevable, l’irrationnel.
Le complosophisme tue la pensée en la rendant coupable d’exister.
Il ne dit pas : “Vous avez tort”. Il dit : “Vous êtes dangereux”.
Ainsi la raison devient censure, et le doute, un crime.
Bienvenue dans le monde des Lucifériens, où

PS : Pour ceux qui souhaiteraient approfondir cette notion, je vous invite à visionner cette vidéo d’Alexis Haupt (le philosophe qui a nommé ce concept) :

